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Deux études affirment que le cannabidiol (CBD), un cannabinoïde parmi les dizaines d’autres (1) présent dans le cannabis, jouerait un rôle sur le virus Covid-19. Cela pourrait prêter à sourire, mais ces deux études sont bien sérieuses.

Nous avons présenté ces deux analyses à un clinicien belge, Jean-Pierre Galeazzi, anesthésiste et réanimateur aux hôpitaux Robert Schuman à Luxembourg. Il s’occupe essentiellement de patients atteints du nouveau Coronavirus depuis le début de l’épidémie. Selon lui, “jusqu’à présent, aucun antiviral n’est recommandé contre le Covid. Les seuls traitements efficaces sont les anti-inflammatoires, à savoir les corticoïdes et dans ce cas précis, la molécule utilisée pour soigner les patients souffrant de lésions aux poumons, s’avère être la Dexaméthasone. Mais elle provoque beaucoup d’effets secondaires. Les corticoïdes font monter la tension artérielle, la glycémie et aggravent les diabètes… s’il existe des analgésiques avec moins d’effets secondaires que les corticoïdes, (en l’occurrence le CBD), il faut s’y intéresser !”

Deux effets possibles du CBD sur le nouveau Coronavirus

Tout d’abord, résumons les deux études qui ont été publiées au cours de l’année. La première, en avril 2020 et dirigée par des scientifiques canadiens, émet l’hypothèse que certaines variétés de cannabis à haute teneur en CBD pourraient agir sur une protéine clé dans la physiologie du Covid-19 , l « ACE2 ». L’autre étude², plus récente, et datant du 2 septembre, affirme que le cannabidiol apaiserait les formes les plus graves du Coronavirus. Il empêcherait les tempêtes de cytokine, c’est-à-dire les réactions inflammatoires endommageant les poumons et d’autres organes.

C’est sur cette dernière que nous nous pencherons plus longuement au sein de cet article, du fait qu’elle soit parue en septembre dernier et qu’elle ait été réalisée sur des souris. A l’inverse de la première qui a été conduite sur un modèle numérique et où les chercheurs avaient reconstitué des tissus buccaux, respiratoires et intestinaux grâce à des modèles 3D avant de simuler l’effet de plusieurs variétés de cannabis. En clair, ils n’ont pas procédé à des tests “in vivo”, c’est-à-dire directement sur l’humain.

Le docteur Galeazzi nous prévient d’ailleurs que “pour toute étude, afin de prouver son efficacité, il faut une validité chez l’homme, une étude clinique. C’est ce qui manque ici et les auteurs des deux études le soulignent également. Souvent dans les études « in vitro » ou sur animaux, beaucoup de choses fonctionnent. Dans le cas du Covid-19, de nombreuses molécules comme le Remdésivir, fonctionnent en étude in vitro, mais sur l’homme, en étude in vivo, quasi rien ne marche. Il y a toujours un grand décalage entre les études sur animaux et l’homme. Il y a un monde de différence en terme de génomes. A titre d’exemple, certains virus ne font rien aux animaux alors qu’ils tuent chez l’homme et inversement.”

Première hypothèse de la première étude : « le cannabis avec une haute teneur en CBD réduirait la capacité du Covid-19 à pénétrer dans l’organisme. »

Cette étude, publiée en début de pandémie, lors de la première vague, nous vient du Canada, où le cannabis est légal sur le plan récréatif et médicinal. Elle avance que le CBD protégerait ou diminuerait le risque d’être infecté par le SARS-CoV-2. Le virus s’attachant au récepteur ACE2, présent à la surface des cellules, notamment pulmonaires, le CBD agirait sur cette protéine. A noter que le récepteur ACE2 est également impliqué dans la régulation de certaines fonctions cardiovasculaires, pulmonaires et rénales – attaquées par le Covid-19 – et est situé au cœur d’un mécanisme de régulation de la pression artérielle.

Dans leur étude, les scientifiques canadiens expliquent avoir découvert qu’au moins 13 variétés de cannabis à forte teneur en CBD pourraient moduler l’expression du gène ACE2 et donc les niveaux de protéines ACE2. Et toujours selon ces mêmes chercheurs, ces variétés pourraient donc aider à protéger contre l’infection du coronavirus, ou du moins la ralentir.

Deuxième hypothèse : « le CBD réduirait les formes les plus sévères du Covid-19 ».

Selon cette dernière étude, les chercheurs du « Medical College of Georgia » ont découvert que le CBD génère une augmentation des niveaux d’un peptide naturel appelé apéline, qui est connu pour réduire l’inflammation et dont les niveaux sont considérablement réduits pendant une tempête de cytokine, liée au Covid-19. C’est en général lors de cette tempête de cytokine que les patients voient leurs poumons endommagés. “C’est l’inflammation qui crée la douleur”, détaille le docteur- réanimateur, “mais l’inflammation est un tissu cicatriciel. Dans le cas du covid, c’est un tissu cicatriciel qui empêche l’oxygène de passer, qui épaissit les vaisseaux et qui empêche la circulation de se faire correctement. Cet orage inflammatoire est à l’origine de lésions tissulaires qui font que l’oxygène ne passe plus. Ensuite, ce sont tous les autres organes qui en souffrent aussi.”

Nous avons donc décidé de nous intéresser à cette dernière étude plus longuement car elle se base sur deux groupes témoins de souris ayant un syndrome de détresse respiratoire et traitées au CBD : “C’est un ainsi qu’une bonne recherche commence”, commente le docteur Galeazzi. “Cette étude se veut comparative avec une analyse histologique précise. Leur étude est bien ficelée, ils vont loin dans la recherche. Ce sont des gens qui cherchent intelligemment. Ils (les chercheurs) ont créé un modèle inflammatoire qui est censé se rapprocher le plus possible du covid, mais ce n’est qu’une hypothèse”, rappelle-t-il.

Les chercheurs du « Dental College of Georgia » et du « Medical College of Georgia » ont donc mis en avant cet été la capacité du CBD à améliorer les niveaux d’oxygène et à réduire l’inflammation ainsi que les dommages physiques aux poumons dans leur modèle de laboratoire du syndrome de détresse respiratoire mortelle de l’adulte, ou autrement appelé, ARDS. Ils ont ainsi montré que les niveaux d’apéline diminuent considérablement avec l’infection virale, et que le CBD aide rapidement à normaliser ces niveaux avec la fonction pulmonaire.

Vue au microscope des poumons du groupe contrôle (haut), du groupe malade (centre) et du groupe malade traité au CBD (bas). Tandis que les poumons du groupe malade montrent d’importants signes de fibrose et d’hypertrophie sans présence d’apéline, le groupe malade+CBD montre une réduction notable de ces symptômes et une augmentation de l’apéline. Crédits : Évila Lopes Salles et al. 2020

Ainsi, les taux sanguins du peptide ont chuté à près de zéro dans leur modèle ARDS et ont augmenté 20 fois avec le CBD, rapportent-ils dans la revue Journal of Cellular and Molecular Medicine.

Les recherches de cette étude ont été menées sur des souris à qui un traitement appelé Poly(I :C) a été injecté pour créer un artificiellement un syndrome de détresse respiratoire. L’un des symptômes le plus grave du Covid-19. Cela avait pour but de créer une tempête de cytokine et de réduire la saturation d’oxygène de 10% et donc de provoquer de dommages aux poumons des souris. Ensuite, du CBD leur a été prescrit. Le résultat a montré que le CBD agissait. Les auteurs affirment que : “les symptômes ont été totalement ou partiellement inversés et sont revenus au niveau et à l’état normal après un traitement au CBD”.

Ainsi, les chercheurs de l’université médicale de Géorgie expliquent que “les données actuelles soutiennent l’idée que la fonction anti-inflammatoire du CBD peut réduire la tempête de cytokine et atténuer les effets d’une inflammation exagérée”. Ils ajoutent que “compte tenu de tous les effets régulateurs potentiels du CBD ainsi que de la vaste distribution du système endocannabinoïde dans le corps, il est plausible que le CBD puisse être utilisé comme candidat thérapeutique dans le traitement de diverses conditions inflammatoires, y compris le COVID-19 et d’autres virus.”

Le docteur Galeazzi souligne : “l’étude en soit est intéressante parce qu’on prend en compte des inflammations communes à l’homme et au Covid. Et on fait une analyse cytologique du poumon, c’est-à-dire qu’on fait des coupes précises des alvéoles pour voir que tout ce qui est inflammatoire est quand même nettement diminué.”

Le réanimateur conclut qu’en terme de recherche, “ce n’est pas en quelques mois qu’on aura des résultats probants. Mais ce genre d’études ouvrent des voies de recherches très intéressantes. Quand tu es chercheur et que tu as vu ça, (dit il en tapant du poing) tu te dis : quand est-ce que je peux faire ma première étude chez l’homme ?”

Le CBD comment est-il consommé, administré ?

Qui n’a pas entendu le mot CBD ces dernières années ? Cet acronyme a fleuri dans les oreilles du grand public depuis deux ans. On le retrouve généralement sous forme de fleurs soumises aux accises au même titre que le tabac, dans de nombreux points de vente en Belgique et au Luxembourg. Il reste majoritairement consommé par les fumeurs de cannabis ou de “CBD”. Il est d’ailleurs visuellement très similaire au cannabis mais ne contient pas la molécule interdite (ou très peu – de 0,2%), le Thc. (delta-thétrahydrocannabidiol).

Cette dernière molécule a été interdite par la convention unique des stupéfiants en 1961 (bien que depuis, le cannabis est de nouveau légal au Canada, et dans certains pays du continent américain.)

Cependant, le CBD se consomme aussi médicalement sous forme d’huile, gélule ou en préparation médicinale en intraveineuse. Il est de plus en plus conseillé pour son utilisation dans la médecine. En Belgique par exemple, il est autorisé sous prescription et en préparation officinale en pharmacie. Il est désormais régulièrement prescrit pour lutter ou diminuer les crises d’épilepsie. Et le corps médical belge se voit de plus en plus informé à cet égard.

Au vu de sa consommation, il est légitime et intéressant de se poser la question, “Est-ce que tous les fumeurs de cannabis font moins la maladie liée au virus ou des formes atténuées ?”
En ce sens, “une étude à l’échelle humaine vaudrait la peine d’être menée”, ironise le clinicien.

Sources :

Etudes :
1) https://www.preprints.org/manuscript/202004.0315/v1

2) https://www.liebertpub.com/doi/10.1089/can.2020.0043?fbclid=IwAR3GzaVbBRZdFiuEQG74FXCZCJpdaIGUwxGTQaytTDb05t9P8elwUvmVhQI&

Articles connexes :

1) https://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/le-cannabis-est-il-efficace-contre-le-covid-19_2126706.html?fbclid=IwAR2vMu7uZsD2zC9DPD_86EJN9oUqfe0tkyUwmlJ6urUQ-6OqkZ_Y25LcHbw
2) https://www.forbes.com/sites/emilyearlenbaugh/2020/07/15/cbd-for-coronavirus-new-study-adds-evidence-for-cannabis-as-covid-19-treatment/?fbclid=IwAR0MDH76y_EDo_OrmF9XshTjtqoHRkqWPU0OH0SFQdwqYYjpdOmYxrNJYQs#6db58740382d

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